Les moments de solitude du pilote


Ce sujet était un peu réclamé dans la page « Boite à idées » et j’avoue que personnellement j’avais envie d’en parler.

Ce sont des instants très personnels que chaque pilote vit différemment. Je vais essayer de vous partager un peu les miens.

En général sur une épreuve je suis assez ouvert (ou aware :D ), beaucoup ont déjà pu le remarquer et je refuse rarement de papoter. Toutefois il y a quelques instants où je suis un peu dans mon monde…concentration, peur, remise en question, inquiétude, impatience, joie, passion…des dizaines de sentiments qui s’entremêlent en quelques minutes! En voici quelques uns.

  • Le sommeil

Ce premier point est tout bête mais au combien important. En effet je dors souvent peu autour d’une course, excitation, peur  ou stress? Je penche pour un mélange de tout ça! Les questions commencent à arriver. Tellement de choses peuvent se produire…Par contre une chose est sure! Une fois la course passée, le sommeil n’est pas difficile à trouver! ;)

  • Le départ au parc

C’est le moment ou je me rends compte de ce que l’on va faire à deux pendant la journée, quelques risques qui peuvent nous mener à tout casser et briser nos rêves. De la peur peut-être mais je parlerais plutôt d’inquiétudes!  Sur ce point, je pense que l’on est un peu tous pareil…

Par contre, c’est pour moi un grand moment de doute. Vous savez le stress de la copie blanche, l’impression de ne plus rien savoir avant un examen? C’est exactement pareil pour moi avant une course…Je me demande bien comment je vais pouvoir faire. Je sais que je l’ai déjà fait mais pourtant, je doute! Cette courbe à fond, est-ce le bon choix? Cette équerre sale, frein à main ou non? Des dizaines de questions sans aucune réponse.

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  • Le matin de la deuxième journée

Un rallye national se déroule souvent sur deux jours. Le matin de la deuxième journée est pour moi un deuxième départ. Beaucoup de questions également à ce moment surtout si les conditions ont changé. Tout peut changer dans une journée de course donc rien est fait et tout est à nouveau jouable! Il s’agit plutôt d’une petite pression vis à vis de la course cette fois. L’envie de rattraper des erreurs de la veille ou de maintenir une bonne position. Mais encore une fois toutes ces questions vont disparaître sur la ligne de départ ! :)

  • La ligne de départ

La zone de départ (3min entre le pointage et le départ en course) est un moment très silencieux, surtout pour la première. Le casque est mis, j’ajuste mes harnais, que je resserre encore et encore, pour être bien il faut vraiment être collé au siège. On voit les deux copains précédents prendre leur départ et c’est enfin notre tour, j’avance sur la ligne. Lors du premier départ de l’épreuve la phrase qui définit au mieux le sentiment que je ressens à ce moment est : « Qu’est-ce que je fous là? ». Les secondes s’égrainent une à une.

A 20 secondes je ferme ma porte qui en général est ouverte pour la chaleur et les gaz. Quelques coups d’embrayage. C’est curieux d’observer les gens autour à cet instant. Avec les casques et le bruit de la voiture nous n’entendons pas le « monde » extérieur et cela donne une sensation très curieuse…

A 15 secondes j’enclenche le premier rapport.

A 10 secondes je monte une fois le régime…

Arrive les 5 dernières secondes…a cet instant il se produit un déclic! Je ne suis pas capable de l’expliquer mais j’oublie tout et le monde se résume à 3 éléments : la voiture, la route et les notes. Plus aucune question, tout est clair. Je saisis le frein à main et relache légèrement l’embrayage pour mettre l’auto en appui. Le régime est stabilisé entre 5000 et 6000 trs/min. Le « 1 » s’affiche et semble interminable en l’attente de ce « 0 » libérateur…Je lache tout en cirant légèrement l’embrayage pour maintenir le régime. C’est parti, les rapports s’enchaînent déjà ! L’équipage est dans son monde.

Je vous conseille cette vidéo qui exprime quelques aspects de ces sensations : La dernière seconde!

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Photo par Dino

  • La course

J’ai du mal à exprimer la solitude en course. En effet elle est plutot relative avec la présence du copilote et des notes. La voix du copilote est comme un ange gardien. Avec beaucoup de complicité cette voix influe sur la conduite et permet parfois d’éviter des erreurs. Il est important de ne pas négliger les sensations du copilote. Quand je suis copiloté par mon père vous aurez sûrement remarqué sur les vidéos qu’il vient parfois m’attraper le bras dans les moments chauds ou pour m’encourager. Comme pour me rappeler que justement je ne suis pas seul.

C’est mon monde, je me sens bien et tout s’enchaine par réflexe. Le classement, les chronos sont oubliés les seuls objectifs sont d’aller le plus vite possible et de rester sur la route! Ne pas s’emballer par plaisir est la plus difficile des choses, il faut garder la tête froide constamment en mêlant raison et plaisir.

Au contraire du début, je ne vois plus grand chose à part la route, les appels de phares et les signes se font d’ailleurs plus rares. Une autre différence par rapport à mes débuts, je surveille constamment la voiture, ses réactions et les bruits. Avec l’habitude, j’arrive à sentir tout de suite quand quelque chose ne va pas sans forcément trouver la cause immédiatement.

Pour résumer, une spéciale est un moment de grande concentration. Imperturbable et calme sont les maîtres mots! Seuls quelques « youhou » viennent interrompre ce sérieux…on est quand même la pour s’éclater! D’ailleurs où est le plaisir dans toute cette concentration? Hey bien il est partout même si elle est intense, le fait d’attaquer, de réussir à mener la voiture comme je le désire est vraiment jouissif. Quand une spéciale se déroule bien, le routier est l’occasion de nombreux récits avec mon copilote comme si chacun racontait « sa » spéciale.

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Photo Ph’AutoSport

  • Les imprévus

S’il y a un sport dans lequel de nombreux imprévus peuvent se présenter, c’est bien le rallye.

Bien sur en parlant de solitude, je ne pouvais pas écarter la panne de radio! Le son commence à se déformer, à ne plus être clair et fini par couper. Je ne sais pas quel membre de l’équipage se sent le plus seul. Je l’ai vécu en copilote et c’est une horreur. Le copilote essaye par tous les moyens de donner des indications alors que le bruit de la voiture masque les cris et que les mains sont inutiles. Dans le baquet de gauche, seules sa mémoire et sa vue peuvent aider le pilote. Le stress est décuplé et la solitude réelle.

Un problème provoquera une montée de stress inévitable. Pourtant comme je le disais, le calme est primordial en course. Il est donc toujours important de faire le vide une fois avant de s’élancer en course malgré les soucis. Se présenter en slick sous un déluge, un problème mécanique ou écoper d’une pénalité autant de raisons d’arriver inquiet ou énervé en spéciale. Rien de tel que de se renfermer dans sa bulle pour faire le vide.

Il arrive que nous soyons bloqués au départ d’une spéciale pour diverses raisons. Mais quand il commence à courir le bruit de la sortie de route…En général nous nous connaissons et il est impossible de rester insensible. Les inquiétudes ressurgissent, nous sommes ramenés à la réalité. L’attente est longue et souvent accompagnée d’une ambiance lourde. La course est relancée, il faut s’installer et à nouveau faire le vide. Le pointage étant déjà fait dans ce cas nous attendons à deux en étant casqués que notre minute arrive. Peu de mots s’échangent en général…jusqu’à, dans les dernières secondes : « Allez, comme d’hab! » et c’est reparti !


One Reply to “Les moments de solitude du pilote”

  1. […] Il y a presque dix ans, j’avais écris un article sur ces petits moments que chaque équipage vit dans une voiture de course et plus particulièrement en rallye. Je vous laisse le relire si vous en avez envie : Les moments de solitude du pilote. […]

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